MTY achète des pizzérias et se fait bousculer en Bourse

 

Publié le 12 avril 2019 à 12h00 | Mis à jour le 12 avril 2019 à 12h00

Éric Lefebvre, chef de la direction de MTY... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE)

Éric Lefebvre, chef de la direction de MTY

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

RICHARD DUFOUR
La Presse

L’acquisition prochaine par MTY d’un important exploitant américain de pizzérias et la performance financière du franchiseur montréalais de nombreuses marques de restauration rapide alimentent l’anxiété des investisseurs.

L’action de l’entreprise, qui exploite notamment les enseignes Bâton Rouge, Thaï Express, Casa Grecque, Ben & Florentine, Valentine et Sushi Shop, notamment, a cédé 8 % hier à la Bourse de Toronto dans le plus fort volume de transactions enregistré sur le titre cette année. Cette réaction porte le recul du titre à 27 % depuis son sommet historique atteint en novembre.

MTY a annoncé hier une entente visant l’acquisition de Papa Murphy, spécialiste des pizzas fraîches, faites à la main et prêtes à cuire à la maison selon le concept « take and bake ».

La valeur de la transaction s’élève à 253 millions de dollars (incluant une dette de 77 millions US).

« Au multiple de huit fois le bénéfice d’exploitation, le prix payé est plutôt raisonnable, commente l’analyste Nick Corcoran, de la firme Acumen Capital. Je vois cette acquisition de manière positive. En plus d’ajouter 1 milliard de dollars de ventes, ça vient diversifier la plateforme américaine de MTY concentrée dans les gâteries congelées, un segment saisonnier. »

Selon cet expert, la réaction négative des investisseurs s’explique par trois facteurs : le niveau d’endettement de MTY, qui augmente à la suite de cette transaction, les craintes liées au positionnement concurrentiel de Papa Murphy dans le marché et la faiblesse des ventes des établissements comparables pour le deuxième trimestre de suite chez MTY.

« L’industrie de la restauration de façon générale, et particulièrement le segment de la pizza pour consommation rapide, est extrêmement concurrentielle. Les ventes réalisées par les établissements comparables de Papa Murphy le reflètent bien : -5,2 % en 2017 et -4 % l’an passé », commente l’analyste Derek Lessard, de la Banque TD.

« Papa Murphy éprouvait certains ennuis, mais les choses s’amélioraient », ajoute Nick Corcoran. Inscrite au NASDAQ, l’action de Papa Murphy avait d’ailleurs gagné 8 % le 14 mars, après le dévoilement des résultats de fin d’exercice de l’entreprise, qui faisaient état de ventes et profits supérieurs aux prévisions.

Une autre étape importante

Le chef de la direction de MTY, Éric Lefebvre, a d’ailleurs souligné hier durant une téléconférence qu’il restait encore des établissements non rentables à fermer chez Papa Murphy avant de procéder à une extension du réseau. « Il reste à déterminer si les magasins à fermer seront des établissements franchisés ou corporatifs [établissements détenus en propre]. »

Pour Éric Lefebvre, cette acquisition représente une autre importante étape dans la stratégie de croissance de MTY. « Elle s’inscrit dans la tendance vers les repas prêts à cuisiner, avec une attention plus importante aux ingrédients frais. » L’acquisition est très complémentaire, ajoute-t-il, puisqu’elle ouvre un nouveau marché à MTY.

« Le créneau de la pizza est très attrayant en raison de sa taille importante, de la fragmentation du marché ainsi que de son fort potentiel de croissance. Avec ce concept [take and bake], l’expérience client est optimale puisque la pizza n’a pas été congelée et n’a pas passé 30 minutes dans un véhicule de livraison avant d’arriver chez le consommateur. Ça fait une différence au niveau du goût et de la perception », dit-il.

« J’ai critiqué certaines acquisitions réalisées par MTY dans le passé que j’estimais être des actifs peu impressionnants. À première vue, toutefois, Papa Murphy ne semble pas entrer dans cette catégorie », souligne Derek Lessard.

Dévoilée hier, la performance financière des mois de décembre, janvier et février s’est avérée inférieure aux attentes du marché. Le profit ajusté par action de 58 cents est par exemple en hausse par rapport aux 40 cents d’il y a un an, mais les analystes s’attendaient à 62 cents par action.

L’ajout de plus de 1400 établissements de Papa Murphy (1331 franchisés et 106 détenus en propre) portera le réseau combiné de MTY à quelque 7378 établissements.