Lion Électrique: Faire fortune rapidement avec un fleuron québécois

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Power Corp. et le fonds d’Alexandre Taillefer peuvent s’attendre à des gains juteux

L’arrivée en Bourse imminente de la firme de Saint-Jérôme Lion Électrique va permettre à une poignée d’actionnaires de la première heure de faire une fortune, selon des documents réglementaires déposés auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Un prospectus déposé auprès des autorités boursières canadiennes au début avril donne de nouveaux détails sur le processus d’entrée en Bourse du manufacturier de véhicules lourds électriques, et une liste des actionnaires appelés à s’enrichir. Selon l’expert Michel Nadeau, ces actionnaires peuvent s’attendre à multiplier en moyenne par huit la valeur de leur placement initial dans l’entreprise.

« Ceux qui étaient dans Lion vont faire de joyeux gains », affirme-t-il.

L’entrée en Bourse de Lion est prévue pour très bientôt, selon ce que nous a indiqué le vice-président, marketing et communications de l’entreprise, Patrick Gervais.

Le 23 avril, les actionnaires de l’entreprise Northern Genesis Acquisition Corp., une coquille qui est déjà cotée en Bourse aux États-Unis, ont approuvé le regroupement de leur firme avec Lion. Il ne manque désormais que le feu vert des autorités réglementaires, selon M. Gervais.

Gagnants

Voici quelques grands gagnants à prévoir du processus en cours :

  • Marc Bédard : le fondateur et grand patron de Lion va détenir 30,2 millions d’actions de la nouvelle entité permettant à Lion d’être cotée en Bourse.
  • Power Corporation : le conglomérat de la famille Desmarais va posséder 71,6 millions d’actions de Lion après la réorganisation. Dans son dernier rapport annuel, la firme évalue la valeur de son placement dans Lion à 812 millions $, soit un gain astronomique de 737 millions $ sur sa mise de départ.
  • XPNDCroissance : le fonds de capital de risque d’Alexandre Taillefer va avoir 17,9 millions d’actions de Lion. Il devrait enregistrer un gain bienvenu, après des placements plus difficiles dans des entreprises comme Téo Taxi, dans Voir et dans l’observatoire de la Place Ville-Marie. « C’est un coup de circuit », commente Michel Nadeau. XPND n’a pas répondu à un courriel du Journal.
  • Michel Ringuet : cet homme d’affaires qui est aussi mandataire de la fiducie sans droit de regard du ministre de l’Économie du Québec, Pierre Fitzgibbon, est personnellement administrateur de Lion. Il va détenir 1,16 million d’actions de l’entreprise.
  • Ian Robertson et Chris Jarratt : ces deux cofondateurs de Northern Genesis font leur entrée chez Lion avec le regroupement des deux firmes. Ils vont détenir chacun 8 millions d’actions.

Valeur de 1,5 milliard $ US

La valeur accordée à Lion dans le cadre du processus en cours s’élève à 1,5 milliard $ US, selon ce qu’analyse Michel Nadeau. L’expert en gouvernance et ancien numéro deux de la Caisse de dépôt et placement du Québec estime qu’il s’agit d’une évaluation très généreuse qui est basée sur la prévision que l’entreprise va générer des milliards de dollars en chiffre d’affaires annuel d’ici peu.

Lion, qui a livré 110 véhicules électriques en 2020, prévoit en livrer 650 cette année et pas moins de 18 000 en 2024.

L’an dernier, Lion a déclaré une perte de 97 millions $ et des revenus de seulement 23 millions $.

Trop cher ?

« Est-ce que Lion Électrique, ça vaut aujourd’hui 1,5 milliard $ US ? J’ai de gros doutes », dit l’expert.

C’est pourtant à partir de cette évaluation que les petits épargnants devront faire l’achat d’actions de Lion. Selon lui, le mode d’entrée en Bourse de Lion, soit via une société d’acquisition à vocation spécialisée (SPAC en anglais), a pour effet de gonfler la valeur de l’entreprise. « C’est des valeurs hallucinantes. Ça met de la pression sur le management de livrer des résultats exceptionnels », ajoute-t-il.

Investissement Québec

Soulignons que Guy LeBlanc, l’actuel président d’Investissement Québec, figurait jusqu’à récemment au rang des actionnaires de Lion.

« M. LeBlanc a vendu toutes ses actions de Lion Électrique et démissionné de son poste d’administrateur de cette société en avril 2019, soit une semaine avant de prendre ses fonctions de président-directeur général d’Investissement Québec », nous a écrit Isabelle Fontaine, porte-parole d’IQ.

Investissement Québec a annoncé un prêt de 50 millions $ à Lion, conjointement avec un autre prêt de 50 millions $ d’Ottawa, en mars.

Lion a par ailleurs obtenu à la fin mars une dispense de l’AMF qui lui permet de produire en anglais seulement certains documents, étant donné qu’ils ne s’adressent pas aux investisseurs québécois. C’est une procédure relativement usuelle, selon le porte-parole de l’organisme, Sylvain Théberge.